Stéphane Baller : Alors là on a une chance extraordinaire aujourd’hui puisqu’on reçoit un fiscaliste international trop modeste certainement, Marc Mocrab. Bonjour Marc.
Marc : Bonjour Stéphane.
Stéphane B : Vous êtes directeur fiscal du groupe Verissû. Tout le monde l’utilise.
Marc Mocrab : C’est ce qui nous protège.
Stéphane B : Groupe international, vous avez une carrière en plus très internationale puisque vous avez travaillé pour le groupe Technicolor, le groupe Rochet, le groupe la Carner, et tout ça entre Londres, Genève, Paris un petit peu quand même.
Marc M : Exactement. J’ai quitté la France il y a maintenant presque 15 ans, au gré des opportunités, des changements de carrière et des volontés de se défier un peu.
Stéphane B : Vous avez travaillé avec beaucoup d’administrations fiscales. L’ambiance est un petit peu différente quand on est à Paris, à Londres, à Singapour ou aux Pays-Bas ?
Marc M : Complètement. On a une conception qui peut être punitive ou incitative selon le pays dans lequel on est. C’est intéressant de voir les débats sur les lois de finances. Par exemple, Raacel Reif qui a présenté le budget au UK avec une véritable interrogation sur comment ça va être reçu par le tissu économique.
Stéphane B : Taxer en fonction de la valeur créée voir accompagner cette création de valeur pour arriver à plus taxer finalement ?
Marc M : Exactement. Il y a des discussions très économiques, très intéressantes. Par exemple, en Suisse, où l’administration impose des règles de transparence, de respect de l’environnement et des règles sociétales. Ce qui permet d’influer sur la façon dont les entreprises se comportent.
Stéphane B : Avec des standards internationaux comme CDE et les reporting cbcr, notamment le public cbcr, devrait-on voir une convergence des différentes administrations autour de ces outils ?
Marc : Il y a des dynamiques différentes entre les pays. En tout cas, le public cbcr est une opportunité de mieux expliquer comment la fiscalité fonctionne et peut-être aussi tuer certains vieux dragons de l’optimisation fiscale.
Marc M : Certains milieux médiatiques ont encore cette perception qu’on fait de l’optimisation toute la journée. Pourtant, beaucoup d’entreprises sont devenues très normées. Le besoin de redéfinir des critères globaux a été important avec BEPS, qui a une portée punitive sur les pratiques fiscales dommageables.
Marc M : Les fiscalités dans le sport sont créatives souvent en raison des jeunes talents qui génèrent beaucoup d’argent rapidement et les risques associés. Il y a besoin d’expliquer et discuter des règles fiscales.
Marc M : L’administration fiscale indienne, par exemple, est très créative. Elle utilise déjà le cbcr pour comprendre la localisation de l’économie et demande des explications sur les ratios de valeur et de salariés.
Marc M : Les administrations formées peuvent poser de nouvelles questions à l’avenir. On va devoir répondre de manière transparente et communiquer efficacement sur nos stratégies fiscales, impliquant des réflexions budgétaires et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour anticiper les tendances.
Marc M : Le métier évolue profondément avec la transparence accrue et l’intelligence artificielle. Il y a une grande transformation dans la façon dont on forme les jeunes fiscalistes et la stratégie globale devient plus complexe.
Stéphane B : La mise en place des piliers 1 et 2 dans une entreprise, c’est coûteux. Est-ce un rattrapage sur la partie fiscale pour mieux se battre contre les administrations ou est-ce une partie du reporting CSRD sur le développement durable ?
Marc M : Pilar one et Pilar 2 sont une suite de corrections pour la compétition fiscale entre États. Cela implique un coût monstrueux en temps et en compréhension de la documentation.