Merci d’avoir accepté l’invitation de Liaison Sociale. Alors, qui sont ces travailleurs invisibles et quelles sont les contraintes qui pèsent sur ces populations ?

Les travailleurs invisibles sont ces hommes et ces femmes que nous avons appelés la première ligne, la deuxième ligne ou le back-office de la société pendant la crise du COVID. À la Fondation Travailler Autrement, nous avons voulu en savoir plus sur ces gens-là. Nous avons mené une étude en demandant à ces populations comment elles vivaient et ressentaient leur propre vie. Nous avons recueilli plus de 2 millions de points de données et avons identifié plusieurs contraintes majeures.

Les travailleurs invisibles sont soumis à des contraintes beaucoup plus importantes que les autres. Ils représentent environ 40 % de la population française. Sociologiquement, ils sont tout à fait identifiables, souvent situés dans les territoires ou les quartiers prioritaires. Ces hommes et femmes travaillent souvent dans des métiers pénibles et précaires, avec des enjeux de territorialité et de mobilité. Ils ressentent un sentiment d’inutilité et de décrochage, et sont étouffés par les contraintes. La crise des gilets jaunes et le vote des personnes décrochant en société en sont des exemples.

En quoi la monoparentalité est-elle un facteur de vulnérabilité et en quoi cela accentue le fait que ces salariés soient d’autant plus invisibles ?

Les familles monoparentales ont doublé en nombre depuis 30 ans, passant de 12 % à 24 %. Sur ces familles, 85 % sont des femmes seules à charge d’enfants, et 70 % des familles monoparentales sont des invisibles en France. Cela raconte les difficultés des femmes de notre pays qui doivent jongler entre leur travail et s’occuper des enfants. Un père sur trois a abandonné son rôle de père, laissant les femmes seules à assumer ces responsabilités. Cela crée un cumul de contraintes et de difficultés de vie.

La crise sanitaire a mis en lumière le fait de valoriser ces métiers, mais qu’en est-il aujourd’hui plus de 4 ans après la pandémie ? Quel rôle pour les employeurs et les partenaires sociaux ?

Quatre ans après la pandémie, peu de choses ont changé. Le Ségur de la Santé a revalorisé certains aspects, mais cela reste insuffisant. Les entreprises sont soumises à une compétitivité externe et interne, avec des appels d’offres toujours moins chers. Cela réduit la qualité et les salaires des collaborateurs, qui restent mal payés. Le monde patronal et les syndicats devraient se mettre d’accord pour augmenter les salaires nets et réduire les charges sur le travail.

Il est essentiel de redonner de l’oxygène aux personnes et aux entreprises pour permettre une vie meilleure. La crise politique et économique que nous connaissons actuellement demande une transformation du modèle social. Si nous voulons conserver notre modèle social, il faut absolument transformer notre approche pour permettre une meilleure progression des personnes les plus modestes.