Vous êtes le nouveau président de la CFTC. Quels sont les points saillants de votre feuille de route ?
Premièrement, une redéfinition de la valeur travail.
À la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens), nous souhaitons que soit pris en compte l’ensemble des temps de vie. Toute activité génératrice d’une utilité sociale doit être prise en compte dans les revenus et dans la création de droit.
Deuxièmement, de pouvoir agir sur l’ensemble des leviers en même temps. Ces leviers servent à l’épanouissement de la personne. C’est-à-dire à la fois la rémunération, mais également toutes les questions de logements, de transport, de mobilité, de formation… Il s’agit de traiter tous ces sujets-là en même temps.
Troisièmement, il existe toute une question autour de la façon de faire du syndicalisme avec un changement de conception.
Ne plus attacher une personne au syndicat, mais attacher le syndicat à la personne, créer du lien, créer une communauté, ce qui nous paraissait très important.
Ce n’est plus un syndicalisme de service, mais un syndicalisme au service.
En parallèle, bien que ça ne soit pas dans la feuille de route, mais une volonté de ma part, je souhaite rajeunir et féminiser nos instances, ce qui aujourd’hui, est une réussite.
Comment comptez-vous faire progresser la CFTC dont la représentativité est menacée ?
Je n’aime pas trop le terme « menacée », car je ne pense pas que la représentativité soit menacée à la CFTC.
Elle est fragile, car nous ne sommes pas très loin de la limite des 8 % (9,30 % aujourd’hui).
Cependant, elle n’est pas très menacée dans le sens où, à la CFTC, nous avons, à la fois en termes d’adhérents et, à la fois, en termes de voix. Par conséquent c’est une progression constante d’année en année. De fait nous sommes plutôt sur une trajectoire positive et elle n’est pas menacée.
Maintenant, il faut la dynamiser, il faut l’accentuer. En modifiant notre façon de faire du syndicalisme qui est important, il y a maintenant une très grande politique d’implantation. Notre difficulté n’est pas que la CFTC plaise. Quand elle est présente dans une entreprise, on fait des très bons scores. Notre problématique, c’est que nous ne sommes pas suffisamment présents dans un grand nombre d’entreprises. En somme, c’est vraiment une question d’implantation de la CFTC.
Comment comptez-vous vous démarquer des autres syndicats réformistes, CFDT et Unsa ?
À la CFTC nous avons la chance, par nos valeurs et notre histoire, d’être intrinsèquement déjà différents.
Nous avons cette inspiration sociale chrétienne, nous avons des valeurs d’humanisme, de réformisme et de dignité de la personne qui nous différencie déjà dans nos propres gènes.
Ensuite, nous avons des thématiques qu’aujourd’hui, nous sommes quasiment les seuls à défendre. Si je prends l’exemple des retraites, qui est un thème actuel, par exemple, la majoration dès le premier enfant est une demande qui a été uniquement faite par la CFTC. Ou cette grande injustice qui est aujourd’hui les pensions de réversion et qui a été mise à mal, nous avons aussi travaillé et demandé à ce que soit prit l’ensemble du revenu du couple avec 70 % pour le survivant. Ce sont deux thématiques qui, par rapport à nos valeurs et notre philosophie, que nous avons été les seuls à demander et qui nous différencient.