Dans votre dernier livre « Salariés libres et heureux ? », vous vous efforcez de réhabiliter le salariat. Est-ce que ce n’est pas une tentative un peu vaine étant donné que de nombreux salariés, notamment les plus jeunes, sont tentés par la voie du travail indépendant ?

Le salariat est nécessaire, voire indispensable à trois niveaux : pour notre système de protection sociale qui est construit autour du salariat, pour les entreprises et pour les salariés eux-mêmes. Le travail indépendant entraîne insécurité économique, pas de protection contre la rupture, pas de congés payés, etc.

Le salariat doit aussi évoluer. La subordination, qui est au cœur du salariat, est aujourd’hui dépassée et est devenue un handicap. Les jeunes générations n’ont pas envie d’être subordonnées. Je prône le remplacement du critère de la subordination par le critère du contrôle, et la promotion de l’autonomie.

Les conditions de travail aujourd’hui sont considérablement dégradées. L’aspiration au télétravail ou à la semaine de quatre jours est aussi une volonté d’éloignement vis-à-vis d’une entreprise considérée comme pathogène.

Dans votre ouvrage, vous prônez une autonomie des salariés émancipatrice et aménagée, mais vous constatez une explosion des outils de contrôle et de surveillance. L’autonomie, c’est un mythe ?

L’autonomie ne bénéficie malheureusement pas à tous. Les méthodes de management par algorithme dégradent ou détruisent l’autonomie. Pour les cadres en forfait jour ou certains télétravailleurs, l’autonomie est dégradée par la surveillance et les objectifs déraisonnables.

Le contrôle doit remplacer la subordination mais sans une surveillance de tous les instants. Le contrôle des objectifs ne doit pas détruire la santé des salariés. On doit agir sur les techniques de surveillance et sur le cadre juridique.

Quelles mesures pourrait-on déployer pour favoriser cette autonomie émancipatrice et pour quel bénéfice pour les salariés et les entreprises ?

Il y a des bonnes pratiques dans les entreprises, comme dans les accords télétravail. Il faut un cadre légal. Premièrement, donner aux salariés des capacités d’initiative dans la définition de leurs conditions de travail. Deuxièmement, donner une capacité de décision sur le travail même et les objectifs. Troisièmement, associer les salariés à la définition de la politique de l’entreprise.

Les salariés autonomes sont plus motivés, cela favorise leur bien-être, ce qui se traduit par une meilleure productivité. L’autonomie des salariés est bénéfique pour l’innovation et les questions environnementales.